« Par Le Feu » : L’histoire d’une secte partie en fumée ☆☆☆☆☆

Salut à tous ! Aujourd’hui je vous emmène avec moi dans l’histoire du premier roman de Will Hill aux éditions Casterman : « Par Le Feu ». Je ne sais pas si vous connaissez ce roman mais il a été récompensé en Angleterre par le YA Book Prize 2018 étant LE livre-événement de l’année de sa sortie. Il fallait que je vous le dise dès le début de cette article : je vous fais part c’est un énorme coup de cœur !

Moonbean a vécu presque l’intégralité de sa vie derrière la clôture qui protégeait La Légion du Seigneur. Elle n’a jamais pu quitter la Base ni parler à qui que se soit au Dehors. C’est le Père John qui établissait toutes les règles, qui contrôlait tout ce qui se passait et lui désobéir pouvaient avoir des conséquences terribles, voir même irréversibles… Ensuite il y a eu les mensonges du Père John, puis ça a été le feu… Moonbean va avoir un réel combat intérieur entre ses croyances et le monde qu’elle va rencontrer suite à l’incendie de la Base… A qui faut-il faire confiance ? Qui sont les gentils ? Qui sont les méchants ?

« Le bien et le mal, le Juste et le Faux, ne sont pas les deux seules réalités qui existent, mais les deux extrêmes d’un éventail de comportements. Car la vie n’est pas si simple. Les gens ne sont pas si simples. Ce serait tellement plus facile autrement… »

Comme vous le savez je lis énormément d’histoires sur les tueurs en série et je ne me suis jamais vraiment penchée sur les histoires de sectes, peut être par peur de ce que je risquais de voir sur les humains qui décident de croire aveuglément à des manipulateurs qui utiliseront le pouvoir pour les soumettre et les détruire de l’intérieur… Je connaissais la célèbre et malheureuse histoire de Johnstwon mais je n’avais jamais entendu parler de celle qui a inspiré ce roman : Le Siège de Waco. Suite à ma lecture vous vous doutez bien que j’ai été faire des recherches, je refuse de laisser une lecture sans contexte. Pour faire un résumé grossier en 1993 la résidence du groupe religieux les « Branch Davidians » dans la ville de Elk (près de Waco au Texas) est « bloquée » par plusieurs groupes gouvernementaux venues arrêter le leader David Koresh. Refusant de se rendre un vrai combat s’engage entre les « fidèles » et les forces de l’ordre : 82 personnes vont mourir (dont le leader et des enfants) dans l’incendie qui a mis un terme à 51 jours de siège des forces de police. L’affaire est considérée comme l’une des plus catastrophique de l’histoire américaine contemporaine, l’action la plus meurtrière du gouvernement américain contre ses citoyens depuis la Guerre de Sécession. Encore aujourd’hui de nombreux mystères planent sur ce raid et ce qui a provoqué l’incendie meurtrier…

L’histoire de base fait froid dans le dos, le roman est glaçant.

Si vous me lisez depuis longtemps alors vous savez que j’accorde énormément d’importance à la découpe d’un livre. J’aime que les chapitres soient clairs et ordonnés sinon je suis totalement perdue, je ne prends plus de plaisir dans ma lecture. J’ai totalement adoré la découpe de ce roman qui, et c’est bien la première fois, m’a fait littéralement me sentir comme dans un film. J’avais les images en tête, j’avais les scènes et les personnages, j’avais le montage cinématographique (que quelqu’un appelle Spielberg je suis prête à lui faire part de mes idées). Je suis rarement transportée à ce point dans un univers aussi proche de ma réalité. Les chapitres sont séparés en deux catégories : Avant et Après. Le « Avant » symbolise la vie à la Base de Moonbean, sa relation avec ses Frères et Sœurs mais également avec sa mère, les centurions ou même le Père John. Le « Après » symbolise le monde du Dehors auquel Moonbean va être confrontée suite à l’incendie de la Base, dont elle est une des seules survivantes. Dans cette catégorie de chapitres nous accompagnons la jeune fille à des séances de psy qui finissent par se transformer en véritable interrogatoire voulant découvrir l’histoire de la jeune fille, de la secte et de l’assaut de La Légion du Seigneur. Un aspect intéressant dans la forme de l’écriture c’est la différence d’écriture lorsque le personnage principal se retrouve en combat avec ses propres pensées : les pensées qu’elle combat sont en italiques (souvent résultat de son conditionnement dès l’enfance par Le Prophète) et j’avoue que ça apporte un certain relief au livre qui est très intriguant, une manière de montrer les séquelles de la jeune fille suite à sa vie à la Base.

« Finalement, qu’y a-t-il de mieux que le rire quand le monde est réduit en cendres mais qu’on est toujours vivant, qu’on respire, qu’on a un avenir, aussi fragile et incertain soit-il ? »

Je pense que le choix d’un personnage jeune comme victime de traumatisme d’une secte est un choix judicieux. En effet si ça avait été une adulte, un parent qui aurait emmené ses enfants à la Base, je n’aurais pas eu la même compassion. Moonbean n’a pas eu le choix de grandir sur là-bas, ses parents lui ont imposé ce qui fait qu’il est facile de créer un affect avec elle. Il est impossible d’en vouloir à la jeune fille avec les actes qu’elle a commis parce qu’elle était sous influence et que si elle résistait elle était immédiatement punie d’une manière violente. On s’attache à sa sensibilité et à son courage face aux événements qu’elle traverse, aux autres jeunes qu’elle côtoie, enfin pour la majorité d’entre eux…

Je me suis profondément attachée à Moonbean, étant le personnage principal du roman il est difficile de ne pas éprouver de l’affection pour elle. J’ai beaucoup apprécié sa relation avec le médecin et l’agent du FBI qui, au-delà d’essayer d’avoir toutes les informations possibles sur la secte, prennent le temps de se soucier d’elle et de ce qu’elle a traversé. Nate, l’ami sur la Base de la jeune fille, a été un petit crush avec son côté mystérieux et fidèle à lui-même comparé aux autres membres de la secte.

Il y a toujours des personnages qu’on déteste dans les romans, c’est inévitable mais je ne pensais pas détester tant de monde. Une grande partie des fidèles de La Légion du Seigneur me donne de l’ulcère mais plus particulièrement le Prophète et Luck. Même si Luke est un enfant de la Base comme Moonbean et qu’on pourrait lui pardonner certains faits comme on le fait pour elle c’est impossible de ne pas le haïr… Luke est violent, méchant, et ça lui procure du plaisir de faire souffrir les autres : il est brisé par le traumatisme et entièrement conditionné. Le Prophète, aussi appelé Père John, est obligé de provoquer au lecteur du dégoût : il est coupable de l’intégralité de ce qui a mal tourné dans La Légion.

J’avoue que j’en avais tellement lu du bien sur les sites de critiques que je m’inquiétais un peu de cette lecture. Je ne vais pas vous mentir ça change quand même pas mal de ce que j’ai l’habitude de lire pour le plaisir mais une fois commencé il m’était impossible de m’arrêter, je voulais tout savoir ! Je suis passée par diverses étapes émotionnelles dans ce livre et je pense que c’est la raison pour laquelle, pour moi, c’est un coup de cœur.

Le livre est émouvant, puissant et bluffant ! De nombreux rebondissements sont présents faisant que ce livre est devenu presque une addiction : il fallait que je connaisse le fin mot de cette histoire. Il m’est arrivée d’être choquée par des propos ou des actes mais je pense que ce qui a provoqué le choc c’est le fait de savoir que dans la vraie vie ça peut se passer, que des êtres humains peuvent s’infliger des horreurs et peuvent infliger des horreurs aux autres juste pour un plaisir simple et intrinsèque.

« Le père John affirmait que la frontière qui sépare le mensonge de la vérité est une grosse ligne noire, solide et immuable. Il avait tort, comme sur tant d’autres choses. Cette ligne est parfois tellement floue qu’on ne sait plus de quel côté on se tient. On peut tout à fait dire la vérité en omettant un détail important ou raconter un mensonge qui contient une part de vérité. »

J’en vois déjà certain(e)s arriver avec leurs gros sabots : le livre est très respectueux de la religion et ne vise pas les croyants, bien au contraire. Le roman de Will Hill vise à dénoncer le pouvoir et la manipulation humaine dont certains (oui parce que se sont majoritairement des hommes, désolé messieurs) usent pour s’affirmer comme « êtres supérieurs ». Personne ne juge la foi d’autrui, l’histoire juge seulement les humains qui s’en servent pour affirmer leur pouvoir et ce qu’ils pensent être de la supériorité.

L’histoire est percutante de réalisme ce qui est quand même déstabilisant. On se pose beaucoup de questions : Jusqu’où va la folie humaine ? Jusqu’où l’être humain est capable d’aller pour le pouvoir ? Quel est l’intérêt de vouloir à ce point que les gens soient soumis ? Beaucoup de questions qui tournent pas mal autour de l’ego de l’être humain. Will Hill construit à travers les pages un monde crédible et réaliste avec des personnages si complexes et intéressants que ça en est terrifiant…

Je vous le dis directement : quand Will Hill sortira un deuxième roman je serais aux premières loges pour l’acheter ! J’ai totalement adhéré à son style d’écriture, sa manière de parler de choses tabous et pourtant réelles, bref une vraie claque que j’ai envie de retrouver ! Est-ce que vous connaissiez l’histoire du Siège de Waco ? Ou même « Par Le Feu » ?

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